L'affaire SAGGAY - Une aventure qui tourne court

Gendarmerie petit 1

En 1993 les activités de SAGGAY commençaient à se diversifier dans les domaines de l'édition et de la production d'autres objets promotionnels relatifs à la bande dessinée, elle cessèrent très abruptement sans tambours ni trompettes, SAGGAY passa pour mort, victime naturelle de la désaffectation inéluctable du pin's auprès du grand public.

Le temps passant, des rumeurs de scandale peu à peu avérées éclairèrent l'évenement d'un nouveau jour.

Extraits d'un dialogue sur forum  BDGest

Maximus : Je pensais connaître tous les pins Blueberry édités par Saggay.
Et puis récemment, je tombe sur un que j'avais jamais vu...
Est-ce que quelqu'un connait un site exhaustif sur Saggay, ou un truc sur les pins BD.
Et aussi, où on peut en trouver....

jdo : je me suis posé la même question pour un autre auteur. Même conclusion il n'y a pas de site Saggay la société n'existant plus et pas de site perso avec ce thème. Les quelques sites perso assez complet n'arrivent pas à faire le tour de tous les pins existant.
Il ne reste plus qu'à surveiller les sites aux enchères et noter ce qui existe comme je pense tu le fais.
Je ne sais pas si il y a un classeur Saggay pour les représentants comme il en existe pour les figurine Pixi, et qui sont également vendu sur le net
Parfois il y a des pub saggay qui reprennent les pins exemple pour Pratt cela peut être une indication. Mais c'est loin d'être complet.

Philou : En fait, ces pins avaient été fabriqués de façon illégale. La société Saggay a préféré se saborder plutôt que de régulariser la situation lorsque ses dirigeants ont été interpellés par un huissier lors d'un salon d'Angoulême. Officiellement, cela veut dire que la détention de ces pins, et à fortiori la vente, s'identifient à du recel. Officieusement...je m'en moque allègrement. Résultat la vente ne peut pas se faire lors d'une vente aux enchères, par contre entre particuliers....

Maximus : Waouh, ça c'est de l'info. Est-ce que tu as une source écrite, que je puisse la citer dans mon site sans me faire houspiller par les héritiers de Saggay

Philou : La source écrite... je l'ai sous les yeux : Jugement du tribunal de commerce de Paris du 31 mai 1995, XVII chambre, qui condamne pour contrefaçon le gérant de la société. Il y est également spécifié que le dit gérant ne s'est jamais présenté lors des trois audiences du juge rapporteur. Bref, un vrai chef d'entreprise responsable !
Donc tous les pins de Blueberry de cette société sont...des faux !

 

Incognito 1

 

 

Voilà ce que j'ai pu apprendre récemment sur SAGGAY et voilà qui permet de comprendre un peu mieux, avec le recul, les comportements commerciaux et publics de cette entité nébuleuse, le chef de cette entreprise n'était autre que Jack Sparrow, un flibustier au grand coeur qui prit en pitié toutes les fans de BD en mal de pin's pour déclarer leur passion, mais contraint à la piraterie devant la démesure financière de la démarche.


Rocambolesque affaire, donc, dont il ne fut fait aucune publicité étant donné l'ampleur du litige et son coté sensible,. Les réactions furent très tardives et permirent le développement d'une action commerciale illicite mais non crapuleuse.

Cette affaire de violation des droits de reproduction et surtout de commerce est suffisamment exceptionnelle et grave pour soulever quelques questions. Cette gravité restant très relative bien sûr, en rapport avec le sujet considéré.

Première question : Pourquoi a-t-il fallu tant de temps pour découvrir cette atteinte sacrilège aux droits d'auteurs ? Plusieurs dizaines de mois se sont écoulées avant que le scandale n'éclate à Angoulème. Comment s'exerce cette surveillance ?

Deuxième question : Y a t'il eu reproduction illicite systématique de la part de SAGGAY vis à vis de tous les auteurs ?

Troisième question : Pourquoi ce fait divers a-t-il été passé sous silence ?

Quatrième question : Quel est le bilan de cette grande mystification aujourd'hui ? quels en sont les préjudices ?

Gangster saggay

Je ne prétends pas avoir les bonnes réponses à ces questions mais j'ai quelques éléments de réflexion :

Question 1 : Je pense que la qualité générale du travail et de la production de SAGGAY lui a très vite attiré un grand respect et un grand crédit de confiance par cette nouvelle profession. Il faut se replacer dans le contexte de ces années, la demande du pin's explose pour répondre à une frénésie collective sans précédent, les professionnels en parle encore aujourd'hui comme le temps du veau d'or. De petites startup voient quotidiennement le jour pour sous-traiter en Asie du Sud-Est un approvisionnement de ces précieuses épinglettes.
SAGGAY a dû très tôt prospecter pour s'assurer les services exclusifs d'une entreprise asiatique triée sur le volet et respectant le cahier des charges très rigoureux et les délais imposés par le commanditaire. La constance de qualité et de facture témoigne en ce sens.
La forfaiture est tellement énorme que personne dans le milieu de la BD n'a pu imaginer que des reproductions des plus grands auteurs vivants aient pu être faites à cette échelle sans leur consentement. C'est comme souvent un petit évènement fortuit ou une dénonciation qui a dû mettre la puce à l'oreille à la bonne personne pour déclencher la réaction.
SAGGAY a su se glisser avec talent et prudence dans la peau du professionnel consciencieux, sa stratégie commerciale était assez calquée sur ses illustres concurrents : Démons et Merveilles et Corner Coinderoux, le petit poucet marchait avec les grands suscitant même l'admiration collective à bien des égards. Les distributeurs SAGGAY étaient aussi je pense très bien sélectionnés, pour avoir essayé d'en parler avec l'un d'eux j'ai ressenti une certaine réticence dans les propos, manifestement leurs rapports commerciaux reposaient sur des bases très convenues.

Question 2 : peut-être la plus intéressante car elle fait appel à l'appréciation de chacun, voici la mienne.
Je pense que SAGGAY n'a pas projeté un plan d'ensemble pour spolier tous les auteurs de bandes dessinées de la France et la Belgique réunies. Non, je crois même que certaines collaborations se sont déroulées dans la meilleure entente artistique et commerciale. Je pense que beaucoup de relations d'amitiés ont dû s'exercer car SAGGAY a toujours fait la démonstration d'un grand respect et d'une dévotion même pour les auteurs de BD et les artistes graphiques. En retour ces artistes ont pour certains activement contribué à l'entreprise en fournissant dessins originaux spécialement adaptés à ce besoin
Pour les auteurs les plus prestigieux, les plus inaccessibles les transactions ne se présentaient pas aussi simples. Il est probable que les urgences du moment ne permettaient pas de déployer l'arsenal de négociations avec les majors de l'édition.

Auteurs mis en pin's par SAGGAY :

  • Hugo PRATT
  • Frank MARGERIN
  • Jean GIRAUD alias MOEBIUS
  • Jacques TARDI
  • Daniel TORRES
  • François THOMAS
  • Véronique DOREY
  • Régis LOISEL
  • Jano
  • Ben Radis
  • Philippe BERTRAND
  • Claire BRETECHER
  • Pic ( Denis LELIEVRE )
  • Speedy GRAPHITO
  • F'MURR
  • Ptiluc
  • Vuillemin
  • Charlie SCHLINGO
  • Jack KIRBY, Steve DITKO, Bill EVERETT, John BUSCEMA ( MARVEL )
  • Robert CRUMB
  • Milo MANARA
  • Alex TOTH et/ou Jordi BERNET
  • Pétillon
  • Yves GOT
  • Hunt EMERSON
  • Georges VOLINSKI
  • Benito
  • Ben
  • Jean-Paul ALBINET
  • Piotr
  • Mezzo ( Pascal MESEMBERG )
  • Walter MINUS
  • MAX ( Francesc Gisbert CAPDEVILLA )
  • MEXERIC ( Christophe MEYER )
  • Christine OUDOT
  • Gilbert SHELTON
  • RODRIGUE
  • Pierre OUIN
  • Bernet et Abuli
  • Joan ( Joan SPIESS )
  • Igor ANDREEV
  • Hervé DI ROSA
  • Keith HARING

 

Je pense que des dessinateurs comme Frank MARGERIN, François THOMAS ou Philippe BERTRAND ont entretenu une collaboration étroite avec SAGGAY, l'étendue de leur production en témoigne, des séries entières étaient déclinées autour d'un thème avec des dessins originaux. Pour les grosses cylindrées comme Hugo PRATT, Jean GIRAUD ou Jacques TARDI les visuels sont tirés de vignettes d'albums et on peut donc en déduire que ces réalisations se sont faites sans intervention des intéressés. Je pense que Jacques TARDI n'est pas homme à s'en formaliser, pour les autres je ne sais pas.


Il est à noter que les tirages pour les derniers cités sont très limités, quelques pièces n'atteignent pas la cinquantaine d'exemplaires, SAGGAY a tout de même mis la pédale douce et a marché sur des oeufs quand le grand sacrilège menaçait, c'est même amusant car les très faibles tirages ne sont pas rentables, on a l'impression que ces entrepreneurs ont souvent cédé à une envie personnelle plus qu'à un calcul.

Gendarmerie petit 1


Au bout du compte on a le sentiment d'avoir pris un gamin les doigts dans la confiture, sans malice mais avec gourmandise, les choix et les initiatives sont assumés autour d'un projet de promotion qualitative de l'objet d'une passion.


Une motivation purement mercantile aurait conduit SAGGAY vers des options bien différentes, beaucoup ont fait de très beaux bénéfices sans franchir cette ligne jaune mais le résultat est sans rapport avec ce que nous laisse SAGGAY.

Il est notoire que certains fabricants comme ARTHUS BERTRAND ont donné lieu à beaucoup de spéculations, au détriment des collectionneurs qui ont vu leurs acquisitions dévalorisées par des rééditions récurrentes. SAGGAY n'a pas laissé libre court à ce type de malversations ce qui témoigne d'une certaine éthique à l'encontre de ses clients.

Question 3 : Il n'a effectivement pas été donné beaucoup de retentissement à cette affaire, les plaignants ont du mesurer la mauvaise publicité à attendre en retour des cessations d'activité de l'entreprise SAGGAY. Car cette firme avait des clients, tous très épris de BD, donc les mêmes clients. Toutes ces maisons d'éditions, ces agents artistiques n'ont eu aucune initiative en matière d'édition de pin's pendant tout l'âge d'or, seuls Tintin et Blake & Mortimer avaient les services de la maison Corner Coinderoux, la BD pourtant très bien placée dans le secteur communication était très mal représentée dans le grand carrousel collectif de l'épinglette.
On va dire pour résumer que le petit monde de la bande dessinée était un peu mort de honte, honteux de n'avoir pas pris en main son étendard dans cette grande parade, honteux de s'être fait montrer la route à suivre par des entrepreneurs extérieurs. Fin de l'acte.

Question 4 : Pour moi le bilan est très simple à établir. De préjudice il n'y a pas eu, même sans reversions de droits d'auteurs SAGGAY a fait oeuvre utile pour la cause, n'en déplaise aux jeteurs de sorts. Sans SAGGAY il n'y aurait rien eu, le pin's ne nous aurait rien laissé dans le domaine de la bande dessinée et particulièrement de la bande dessinée moderne.
Aujourd'hui le patrimoine SAGGAY est important, c'est tout ce que retiendra l'histoire et vos collections en témoigneront.
J'aurais aimé rencontrer ces vilains petits canards qui barbotaient gaiement dans la mare de la création et de la libre entreprise, je suis sûr que la rencontre aurait été très enrichissante.

 Gendarmerie petit 1

 


 

Date de dernière mise à jour : 17/07/2016